Il n'y a plus que le silence


Il N'Y A PLUS QUE LE SILENCE" (extrait de mon e-book "L'emploi, l'emploi, l'emploi", édition du Seuil, 2014).

Dans ce texte, je raconte mes journées sans emploi sous les années Sarkosy.

Il n'y a plus que le silence.
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Il N'Y A PLUS QUE LE SILENCE" (extrait de mon e-book "L'emploi, l'emploi, l'emploi", édition du Seuil, 2014).
 
Dans ce texte, je raconte mes journées sans emploi sous les années Sarkosy.
 
Il ne reste plus que le silence.
 
Après toutes les longues semaines d'isolement, à vivre cloitré (e). Après tout ce temps, il n'y a plus que le silence. Après un jour se silence, un autre jour de silence. Son empire grandissait sous nos yeux, pareil à un arbre géant dans notre tête : incliné(e) sur notre propre défaite. Nous restons soumis pieds et poings liés à son pouvoir d'emprisonnement immense.
 
Tous les jours, on attendait avec impatience 9 heures, l'heure d'ouverture du supermarché : rien que pour le plaisir inouï de voir des bobine, et encore des bobines; Des mémères acheter leur rouleau de Sopalin et leur gaufrettes à la framboise.
 
La petite mémé racontant comment deux gamines s'étaient jetées sur elle, pour lui piquer son porte-monnaie. L'avait jetée par terre. Et comment l'homme du service d'ordre "un Monsieur très gentil" les avait mises en fuite...Tellement on se prenait de fouet le mur de la solitude, celui où on se cogne, où on saigne; où on crève de froid.
 
Pourtant, hier encore, rien ne laissait penser à une fin prochaine de cette vie, pareille à un mauvais rêve. Le peuple, mort de fatigue ou de désoeuvrement, fort ou inerte, vivait toujours les mêmes choses. S'entendait promettre du Pouvoir en place les mêmes mensonges couleur jaune canari. Babioles qui n'arrivaient jamis bien sûr. Une rumeur montait du troupeau, qui attendait on ne sait quoi dans cette vie immobile. Ce présent perpétuel de l'ordre libéral glacé, qui semblait avoir l'éternité devant lui..
 
Où en fait d'avenir "radieux", les pauvres avaient pour seul espoir un rab de libéralisme supplémentaire : comme on a un rab de frites à la cantine le vendredi.
 
La mer montait inexorablement, assiégeant le pays de toute part. Le pas du malheur avançait lentement, continûment, dans son tempo interminable, au même rythme que la marée montante. Il nous regardait la nuit les yeux grands ouverts. Le temps de la peine poursuivait son cours inexorable. Pareil à lui-même, produisant chaque jour la même vie plate, artificielle, sous emballage plastique, qui n'avait plus le goût d'autrefois, de la rouge pomme à couteau, dont parle René-Guy Cadou dans ses poèmes..
 
Une vie que recouvrait une gifle froide de silence, le même sentiment de vivre sur une banquise de silence, ressentie par ceux; qui, par manque d'emploi et d'argent, sont obligés de passer leur journées cloîtrées chez eux.
 
Pourtant, autant par épuisement général que par incrédulité, sur l'inutilité profonde d'une telle démarche, plus personne ne voulait plus mettre un pied devant l'autre. S'enfoncer dans la forêt de la misère. Traverser les déserts arides de la vie austéritaire, répétée d'année en année. Recevoir dans la poitrine les fils de fers à haute tension du souffrir...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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